Tom reçoit un nouveau cadeau

 

Malgré la nuit agitée qu’il avait passée, Tom se sentait en pleine forme. La lampe magique que le vieil homme lui avait donnée occupait toutes ses pensées. En se réveillant, il avait eu le temps de jouer un peu avec ; faire disparaître puis réapparaître l’armoire de sa chambre sans que personne ne s’en rende compte avait été un jeu d’enfant !

   

Ensuite, pour rigoler, de la fenêtre de sa chambre qui donnait sur le jardin des voisins, Tom avait fait disparaître la belle voiture rouge de Monsieur Machin.

En sortant de chez lui, Monsieur Machin avait poussé un cri déchirant en voyant que la chose à laquelle il tenait le plus au monde avait disparu. Il s’était alors précipité chez lui pour tambouriner à la porte de la salle de bain dans laquelle sa femme était enfermée.

 

-        Qu’y a-t-il ? avait-elle demandé affolée.

-        La voiture ! On nous a volé la voiture !

 

 Tom avait bien rigolé lorsque Madame Machin était sortie les cheveux ébouriffés, en robe de chambre et sans prendre la peine d’enfiler ses chaussures.

En découvrant que la Scénic était sagement garée à sa place,  Madame Machin, énervée au plus haut point, avait traité son mari de « grande courge sans cervelle » puis elle avait continué :

-        Comment ? Tu ne trouves rien de mieux que de me faire une farce à huit heures du matin ? Tu crois que je n’ai que ça à faire ?

-        BhééBhéé…, avait répondu son mari, tellement interloqué de voir la voiture à sa place qu’il ne trouvait plus ses mots.

-        Et en plus tu te prends pour un mouton ! avait renchéri Madame Machin. Puisque c’est ainsi, ce soir nous mangerons des épinards, tu ne seras pas dépaysé.

 

Madame machin tenait sa vengeance. Connaissant l’aversion de son mari pour ce légume vert qui, disait-il, avait le goût de l’herbe, elle espérait lui faire ainsi passer sa fâcheuse tendance à faire des plaisanteries douteuses.

 

Elle le laissa sur place pour s’en retourner, furibonde, dans sa salle de bain.

 

- C’est trop injuste, pensa Monsieur Machin, je suis pourtant certain que la voiture n’était pas à sa place tout à l’heure !

 

Tom rigolait tant derrière sa vitre qu’il en oubliait d’être discret ; son rire s’entendait jusque dans le couloir. Monsieur Zac, intrigué par le bruit, poussa la porte de la chambre pour voir ce que faisait son fils.

-        Que fais tu à la fenêtre, Tom ?

-        Je regarde les voisins se disputer, dit Tom en retrouvant son sérieux.

-        Et cela te fait rire ?

-        Oui, c’est trop drôle !

-        Occupe-toi plutôt de tes affaires. Tu devrais déjà être habillé, tu vas mettre tout le monde en retard !

Monsieur Zac regarda à son tour par la fenêtre. A la lueur du lampadaire, il vit Monsieur Machin entrer dans sa voiture et ne trouva rien de particulièrement drôle à cette situation.

-        Ah ! les enfants s’amusent vraiment d’un rien ! dit-il en soupirant.

 

Tom était maintenant préparé pour partir à l’école. Il se tenait debout dans l’entrée, attendant que sa mère ait fini de s’occuper de Dany.

Madame Zac, voulant vérifier que Tom avait bien son cahier de mathématiques dans son cartable, venait d’y trouver la torche.

Elle l’agitait dans sa main droite sous le nez de son fils :

-        D’où vient cette lampe ? lui demanda-t-elle.

-        Je l’ai trouvée, mentit Tom parce qu’il ne voulait pas se faire gronder s’il révélait qu’il avait accepté le cadeau d’un inconnu.

-        Tu sais bien que tu n’as pas le droit de l’amener à l’école !

« Zut ! » pensa le garçon.

Il voulait, en effet, apporter la lampe à l’école pour faire des farces à ses copains. Maintenant que sa mère l’avait découverte dans son cartable, c’était fichu !

-        Oui, je le sais Maman, dit-il d’un air angélique. Je voulais la ranger et je me suis trompé, je l’ai mise dans mon cartable.

-        Tu as encore le temps d’aller la ranger, dit Madame Zac en la lui tendant.

Tom fila dans sa chambre pour aller mettre la lampe dans le tiroir de sa table de nuit.

« Tant pis, ce sera pour une autre fois » pensa-t-il.

 

A l’école, il mourrait d’envie de raconter à tout le monde qu’il avait une lampe magique. Malgré tout, quelque chose le retenait. Il se disait que ses copains ne le croiraient pas et puis, s’il voulait leur jouer des tours, il fallait garder le secret.

 

Tom aimait l’école. D’habitude il travaillait bien mais ce jour là le maître fut obligé de le rappeler à l’ordre plusieurs fois car, ses pensées toutes occupées par la lampe,  il rêvassait, le nez en l’air, sans rien suivre de ce qui se passait autour de lui.

 

Vers seize heures trente cinq, alors qu’il poussait le portail de son jardin, il vit un énorme paquet devant la porte de la maison.

« Qu’est-ce que c’est ? » se demanda-t-il en sortant des clefs de la poche intérieure de son anorak.

Il tourna autour du paquet et découvrit avec étonnement que quelqu’un avait écrit avec un morceau de craie rose « pour Tom » sur le paquet.

« Encore un cadeau du vieil homme », pensa-t-il.

 

Le paquet semblait vivant, parfois Tom avait l’impression qu’il bougeait tout seul. Inquiet, il en fit le tour. Il remarqua la présence de  plusieurs petits trous sur deux des côtés du carton. Avec précaution il approcha un œil de l’un d’entre eux. L’intérieur était si sombre qu’il ne distingua rien.

 

Tom était gêné de voir que l’homme lui offrait encore quelque chose. Ses parents ne manqueraient pas de lui demander quelle était la personne qui lui faisait des cadeaux ! Il serait bien obligé d’avouer qu’il avait désobéi en parlant à un inconnu.

De toute façon, il ne pouvait pas laisser le carton ainsi dans l’entrée. Il fallait le cacher dans le jardin. Mais la boite était bien trop lourde à porter. Et la dame qui allait chercher son petit frère à l’école et qui venait leur faire à goûter n’allait pas tarder à arriver !

Tom décida donc d’ouvrir le paquet devant la porte. Il avait peur parce qu’il croyait entendre du bruit dans le carton.

Rassemblant son courage, il défit la ficelle rose qui entourait la boite. Il avait à peine fini que les battants du carton s’ouvrirent à la volée et qu’un animal en sortit le faisant tomber de surprise.

L’animal était blanc, avait quatre pattes, une tête surmontée de deux petites cornes et une barbe. Deux yeux curieux le regardaient alors qu’il était toujours allongé par terre.

Tom ferma les yeux un instant, se demandant ce qu’il devait faire. L’animal allait-il le piétiner ?

Finalement, il décida d’affronter la situation. Il ouvrit d’abord un œil puis l’autre, étonné de ne plus voir la bête au dessus de lui.

Il se redressa, la cherchant des yeux. Elle était tranquillement en train de brouter le gazon !

Vite, il fallait la faire disparaître avant que quelqu’un ne l’aperçoive.

Il récupéra ses clefs qui étaient tombées par terre, entra dans la maison, monta les escaliers quatre à quatre pour aller chercher sa lampe. Il redescendit tout aussi vite et se retrouva dans le jardin sans avoir pris le temps de souffler.

D’abord il poussa le carton, maintenant beaucoup plus léger, dans un coin pour que personne ne tombe dessus. Ensuite, il braqua sa lampe sur l’animal et prononça la formule magique qu’il connaissait par coeur. Il n’était pas certain que cela allait marcher parce qu’il ignorait le nom de l’animal.

Il dit :

-        Animal, par le faisceau lumineux de la lampe, de la vue disparaisse !

Heureusement, la bête disparut aussitôt. Alors il se tourna vers le carton et prononça la formule :

-        Carton, par le faisceau lumineux de la lampe, de la vue disparaisse !

 

« Voilà, tout est rentré dans l’ordre ! » murmura-t-il, rassuré. Puis « pourvu que je n’aie pas un autre cadeau demain ! ».

 

Il rentra dans la maison, alla ranger sa lampe et s’installa devant la télévision en attendant son frère.

 

Julie et Dany arrivèrent quelques minutes plus tard. Julie était la dame qui s’occupait des deux enfants jusqu’à ce que leur mère rentre du travail.

 

-        Tu n’as pas de devoirs ? demanda la jeune femme à Tom.

-        Si ! Je vais aller les faire ! dit ce dernier en se levant.

-        Je préfère que tu prennes ton goûter avant d’aller travailler.

-        Je peux aller le manger dehors ?

-        Oui, pourquoi pas. Mais tu restes dans le jardin !

-        J’y vais aussi ! cria Dany en sortant derrière son frère.

 

Les deux enfants enfilèrent leurs blousons.

-        Tu n’es pas obligé de me suivre tout le temps ! ralla Tom.

-        Le jardin n’est pas qu’à toi ! rétorqua Dany.

-        J’ai des choses à faire et je n’ai pas besoin de toi ! insista l’aîné.

-        Moi aussi j’ai des choses à faire ! J’ai bien le droit d’aller goûter dans le jardin !

-        Arrêtez de vous disputer les garçons sinon vous rentrez tous les deux ! intervint Julie, qui les surveillait de la fenêtre.

 

Tom décida de ne pas tenir compte de son frère. Il entreprit de rechercher l’animal mais cela n’était pas simple puisqu’il était invisible.

Son frère l’imitait en tout pour le faire enrager. Comme Tom, il avançait, les bras en avant comme s’il était aveugle et ce jeu l’amusait beaucoup.

-        Tu n’es qu’un idiot, tu ne sais même pas pourquoi je fais ça ! lui dit Tom excédé.

-        Tu n’es qu’un idiot, tu ne sais même pas pourquoi je fais ça ! répéta Dany sur le même ton.

-        Moi, je sais ce que je fais, je cherche un animal invisible.

-        Oh, c’est un nouveau jeu, alors ! Je vais le chercher avec toi ! A quoi il ressemble ?

Le secret était trop lourd à porter pour Tom aussi décida-t-il de se confier à son frère.

-        C’est un cadeau que j’ai reçu pour mon anniversaire, mais tu ne dois le dire à personne. Jure-le !

-        Je le jure.

-        C’est un animal blanc qui a des cornes et qui mange de l’herbe.

-        Une vache ? demanda, incrédule, le petit.

-        Non, pas une vache ! Plus petit qu’une vache, avec une barbichette et des cornes minuscules.

-        Des cornes minuscules ?

-        Oui, des cornes minuscules.

-        Comme les chèvres de la ferme ?

 

Evidement, c’était une chèvre ! Dans son affolement, Tom n’avait même pas pensé que l’animal pouvait être une chèvre !

Cependant, Tom venait de rencontrer un obstacle invisible sur son chemin. Il commença à caresser l’animal et son frère en fit autant alors qu’il n’était pas du tout au même endroit.

 

-        Mais non, idiot, viens par ici, tu verras que je ne raconte pas d’histoire !

 

Dany n’y croyait pas vraiment mais il approcha quand même de l’endroit où se trouvait son frère.

 

-        C’est vrai, il y a quelque chose de doux que l’on ne voit pas ! s’étonna-t-il.

-        C’est l’animal !

-        Ça alors ! Comment ça se fait qu’on ne le voie pas ?

-        Parce que je l’ai rendu invisible. Les parents ne veulent déjà pas que nous ayons un chien alors, une chèvre… tu penses, ils ne vont pas être contents.

-        Mais il faudra bien leur dire…

-        Tu as juré, n’oublie pas !

-        Oui, oui… Mais comment as-tu fait pour le rendre invisible ?

 

Ils terminèrent là leur conversation parce que Julie les appelait pour qu’ils rentrent faire leurs devoirs.

-        Ne t’inquiète pas, nous viendrons la voir ce soir, dit Tom à son petit frère, mais en attendant, pas un mot… à personne !

-        J’ai compris !

 

Valérie Zac arriva vers dix huit heures. Elle trouva ses fils en train de faire sagement leurs devoirs et pensa : « ils sont de plus en plus sérieux mes enfants ».

Madame Zac échangea quelques mots avec Julie avant de la laisser partir.

 

Julie était sur le chemin qui menait au portail quand, brusquement, elle heurta quelque chose et se retrouva par terre.

 

-        Ça par exemple ! s’exclama Madame Zac qui, n’ayant pas encore refermé la porte, avait assisté à la chute.

 

 Elle se porta  au secours de la jeune fille pour l’aider à se relever.

 

-        Vous n’avez pas de mal au moins ? interrogea-t-elle.

-        Non, non, tout va bien, répondit la jeune femme d’une toute petite voix. Il y avait quelque chose sur le chemin, ajouta-t-elle en cherchant autour d’elle.

-        Non, il n’y avait rien. Je vous suivais des yeux, je n’ai rien vu, affirma Madame Zac.

-        Pourtant, j’ai eu l’impression de buter sur un animal, insista Julie.

-        Non, je vous assure, il n’y avait rien du tout ! renchérit Madame Zac. Nous n’avons pas d’animal chez nous !

-        Bon ! Et bien au revoir Madame, je me suis certainement trompée.

 

Et Julie arriva, sans encombre cette fois-ci, jusqu’au portail, fit un signe de la main et partit en courant jusqu’à sa voiture.

Il faut dire que la jeune femme n’était pas très rassurée. Elle aurait juré avoir heurté un animal invisible. Pourtant tout le monde sait bien que les animaux invisibles n’existent pas !

Monsieur Machin, rentrant de son travail, avait assisté à la scène et entendu ce qui se disait dans le jardin d’à côté. Il soupira avant de dire tout bas :

-        Il y a des gens qui croient n’importe quoi. Un animal invisible, et puis quoi encore ?

Brusquement il pensa, « pourquoi pas un toit invisible ou bien une voiture invisible ? ». Cette pensée lui donna froid dans le dos parce que lui aussi avait eu des impressions étranges. Et il regarda avec insistance la maison des Zac. Ses hallucinations venaient de là, il en était sûr maintenant. C’est à cause des voisins qu’il allait devoir manger des épinards au souper !

 

Le soir, pendant que Maman et Papa regardaient la télévision, Tom et Dany sortirent sans bruit dans le jardin. Ils trouvèrent l’animal assez facilement et Tom prononça la formule pour le faire apparaître :

-        Animal, par le faisceau lumineux de la lampe, de la vue apparaisse !

Dany put l’admirer. A la lueur de la torche, elle paraissait bleue.

La bête était vraiment magnifique et n’avait pas peur des enfants. Tom et Dany jouèrent avec elle un moment puis Tom la fit disparaître à nouveau et ils rentrèrent en catimini dans la maison pour retourner se coucher.

 

Le lendemain, Tom avait cours d’informatique. Les enfants devaient apprendre à chercher sur le web les informations qui les intéressaient. Il demanda au maître :

-        Comment savoir ce que mangent les chèvres ?

-        Il suffit de chercher sur Internet pour le savoir. Regarde, tu entres le mot « chèvre » et le moteur de recherche va te lister tous les sites qui parlent des chèvres.

Tom eut la confirmation que son animal était bien une chèvre. Il ressemblait vraiment beaucoup aux photos que l’on trouvait sur le site qu’il avait choisi.

 

L’animal était devenu moins peureux. Lorsque Tom rentra, il se précipita sur lui pour lui lancer des coups de tête affectueux.

Pour être certain de ne pas se tromper sur le nom de l’animal, Tom utilisa sa torche et prononça la formule :

 

-        Chèvre, par le faisceau lumineux de la lampe, de la vue apparaisse !

 

Et la chèvre apparut sous les yeux de Monsieur Machin qui, monté sur une échelle, observait ce qui se passait chez les Zac.

 

« Alors, c’est vrai, pensa-t-il, les Zac font des choses bizarres ! ». Voilà qu’ils ont une chèvre dans leur jardin, cela ne va pas se passer comme ça, j’irai les voir dès ce soir pour leur demander des explications ».

 

Avant que Julie n’arrive, Tom se dépêcha de faire disparaître la chèvre. Puis il fit le tour du jardin avec elle. En hiver, le gazon ne pousse pas ; la pauvre bête n’avait plus grand-chose à manger et commençait à s’attaquer à l’écorce des arbres. Monsieur Zac serait furieux lorsqu’il découvrirait les dégâts.

 

Tom retourna dans la maison pour y prendre le vieux pain que sa mère gardait dans un sac pour le donner aux chevaux lorsqu’ils allaient se promener au centre équestre. Il dénicha aussi une longue corde et prit deux pommes dans la corbeille à fruits.

La chèvre salua son retour en lui faisant la fête.

Il l’entraîna tout au fond du jardin, derrière le grand chêne, l’attacha et lui donna le pain. Il ne fallait pas qu’elle fasse la fête à Julie ou à ses parents sans quoi il ne pourrait pas garder son secret bien longtemps.

 

Ce soir là, Monsieur Machin vint se plaindre chez les Zac que leur chèvre le dérangeait.

-        Vous comprenez que vous ne pouvez pas la garder, dit-il, avec l’odeur que ce genre d’animal dégage, je ne suis pas du tout d’accord et les autres voisins non plus !

-        Monsieur Machin, répondit Monsieur Zac, je ne sais quelle mouche vous a piqué mais je peux vous assurer que nous n’avons aucun animal dans le jardin à part, de temps en temps, un hérisson mais nous n’y pouvons rien, hein !

Je ne sais pas de quelle chèvre vous parlez mais celle que vous semblez avoir vu n’était pas chez moi !

Bonsoir Monsieur Machin !

Et Laurent Zac referma la porte au nez de son voisin.

Tom qui avait tout entendu, se dit qu’il fallait absolument trouver une cachette sûre pour la chèvre.

Ce dernier cadeau était décidément bien encombrant !

Pourvu que le vieil homme ne lui en fasse pas un autre demain !

 

 

 

 

Fin du deuxième épisode.

 

Définitions :

Brouter : manger de l’herbe

Braquer : diriger vers quelqu’un ou quelque chose.

En catimini : discrètement, sans se faire remarquer.

Aversion : dégoût.