La méprise de Tom.

 

 

-        Bonnes vacances ! lance Kilian à Tom qui est son meilleur copain.

-        Bonnes vacances ! répond Tom, en écho.

 

Les deux enfants se séparent. Ils savent qu’ils se retrouveront dans quinze jours après les vacances de Noël.

Tom prend le chemin de la maison avec une certaine appréhension. Qui sait ce qu’il va trouver à son arrivée ?

 

Il n’est pas inquiet pour la chèvre qu’il a emmenée dans le jardin d’un de ses voisins qui passe l’automne et l’hiver dans le sud de la France. Le jardin est en friche et « Biquette » - c’est le nom que Dany lui a choisi -  semble apprécier particulièrement les ronces et les broussailles.

 

« Pourvu que je n’aie pas un nouveau cadeau » pense Tom.

 

Il pousse le portail avec une certaine crainte. Aussitôt un petit chien noir se jette sur lui.

Tom rêve d’avoir un chien depuis longtemps, mais là il n’en veut pas ! Il en a marre des cadeaux du vieux bonhomme !

-        Il faut encore que je le fasse disparaître ! dit-il, de mauvaise humeur.

 

Le chien apporte un bâton, la pose aux pieds de Tom puis le regarde en aboyant furieusement.

-        Tais-toi ! crie Tom. On va t’entendre !

Le garçon sait bien que pour l’instant il n’y a personne à la maison, mais bientôt toute la famille sera là.

-        Ah, tu veux que je te lance le bâton ! s’exclame-t-il.

Et l’enfant se baisse pour le ramasser et le lancer le plus loin possible. Le chien part à toute allure pour le chercher et le ramène aux pieds de Tom.

 

Les deux nouveaux amis jouent ainsi une douzaine de fois puis Tom se souvient que Julie et son frère ne vont pas tarder à rentrer alors il court chercher sa torche.

 

-        Chien, par le faisceau lumineux de la lampe, de la vue disparaisse !

 

Le chien disparaît mais cela ne l’empêche pas de vouloir jouer. Tom ne le voit plus mais l’entend aboyer. Pour le faire taire, il ramasse une fois encore le morceau de bois et le lance.

Trente secondes plus tard, le garçon voit revenir le bâton, comme s’il planait au dessus du sol.

Le chien est invisible mais pas le bâton ! Pour ne pas attirer l’attention des gens, Tom va le rendre invisible. Il braque le faisceau de la lampe dessus et prononce ces mots :

 

-        Bâton, par le faisceau lumineux de la lampe, de la vue disparaisse !

 

« Comment vais-je faire avec le chien ? », se demande Tom. « Il est beaucoup plus remuant qu’une chèvre et surtout beaucoup plus bruyant ! Je ne peux pas le laisser dehors, il va sauter sur tous ceux qui vont rentrer dans le jardin ».

 

A ce moment, il commence à pleuvoir et, par malchance, Julie et Dany arrivent.

Tom n’a que le temps de prendre le chien dans les bras avant qu’il ne se précipite sur eux. D’une main, il tient son museau pour l’empêcher d’aboyer.

 

-        Que fais-tu sous la pluie ? demande Julie. Allez, rentre, du vas attraper mal !

-         

Tom se précipite alors dans la maison et monte les escaliers pour aller dans sa chambre.

Il dépose le chien et redescend comme si de rien n’était.

« Pourvu qu’il n’aboie pas ! » espère Tom.

Mais non ! Resté seul, le chien vient de trouver un nouveau jeu. Une peluche de Tigrou qu’il s’acharne à mettre en pièce.

 

Julie a préparé le goûter.

-        Je peux aller goûter dans ma chambre ? demande le garçon.

-        Oh non ! tu sais bien qu’on ne mange pas dans les chambres ! Tu mettrais des miettes partout !

Tom se dépêche de manger ses gâteaux au chocolat et en cache une partie dans sa poche pour le donner plus tard au petit chien.

 

-        J’ai fini ! Je vais lire dans ma chambre.

-        Tu ne regardes pas la télé aujourd’hui ? s’étonne Julie.

-        Non, je préfère lire.

-         

Dany se doute que si son frère préfère monter plutôt que de regarder la télé c’est qu’il doit y avoir quelque chose d’extraordinaire en haut. Alors il dit :

-        Moi aussi, je préfère lire !

-        Toi, tu finis d’abord ton goûter ! déclare Julie.

-        J’ai fini, dit le petit en déposant sur la table le reste du gâteau qu’il était en train de manger.

-        Bois ton lait ! ordonne Julie.

Dany se dépêche de vider son verre pour rejoindre son frère.

 

Lorsqu’il entre dans la chambre, un animal invisible se jette sur lui et lui mordille le bas de son pantalon. Dany ne peut retenir un cri.

-        Tais-toi donc ! crie Tom. C’est un petit chien !

-        Un chien ! Tu l’as rendu invisible ?

-        Oui, attend, tu vas voir comme il est beau !

 

Et Tom, à l’aide de sa torche, le fait réapparaître. Le chien est noir et feu. Il doit être jeune parce qu’il n’arrête pas de gigoter dans tous les sens. Il saute sur le lit de Tom, se roule sur la couette, descend, fait le tour de la chambre en trottant, le nez au sol, puis fait un bond et se retrouve sur le lit de Dany, lui lèche le visage et redescend pour aller voir ce que fait Tom.

Dany le suit des yeux, ravi de voir l’animal dans sa chambre. Il imagine déjà qu’ils vont faire une belle paire d’amis.

 

-        C’est super d’avoir un chien !

-        Non c’est pas super ! dit son grand frère, Papa et Maman ne voudront jamais qu’on le garde. Qu’allons-nous en faire ?

-        Y a qu’à pas leur dire…

-        Ça ne va pas la tête ? Tu crois qu’on pourra le leur cacher ? Il faut bien qu’il mange, qu’il boive, qu’il fasse ses besoins. Et puis, tu as vu, il bouge tout le temps…

-        Justement, c’est ça qui est bien ! Tu n’as qu’à le rendre invisible !

-        Et quand Maman va venir ranger la chambre ?

 

Ils entendent les pas de Julie dans les escaliers.

Vite, Tom rend le chien invisible. Il voudrait l’attraper pour le faire tenir tranquille mais il ne le voit plus.

Julie passe devant la porte de la chambre mais ne s’y arrête pas. Ouf ! elle va certainement dans la salle de bain.

Tom cherche le chien qui, comme par hasard, ne fait plus aucun bruit. Il le trouve enfin devant la porte et le ramène sur son lit. Il prend alors un livre et fait semblant de lire car Julie vient de sortir de la salle de bain.

Une odeur nauséabonde envahit la chambre. Dany se bouche le nez parce qu’il trouve que ça sent mauvais.

Heureusement, Julie est très enrhumée, elle ne sent rien lorsqu’elle entre dans la chambre pour vérifier si les enfants sont sages. Elle a l’impression de marcher dans quelque chose de mou mais en regardant par terre, elle ne voit rien.

Elle les regarde d’un air soupçonneux, surprise de les trouver si sage. Elle repart enfin parce que son nez la picote et qu’elle a laissé son mouchoir en bas.

 

-        Je crois que le chien a fait caca, dit Dany en faisant une grimace de dégoût.

 

-        Aide-moi à trouver la crotte, j’irai la mettre dans les toilettes, demande Tom.

-        Ça ne va pas ! Je ne veux pas me salir les mains ! s’exclame Dany.

 

Tom hausse les épaules, se met à quatre pattes et finit par trouver un petit tas malodorant devant la porte. Il prononce la formule :

 

-        Crotte de chien, par le faisceau lumineux de la lampe, de la vue apparaisse !

Puis, avec deux mouchoirs en papier, il ramasse la crotte qui a été écrasée par Julie et va la jeter dans les toilettes.

Alors qu’il se trouve dans le couloir, il entend Monsieur Machin qui demande à Julie :

 

-        Excusez-moi de vous déranger, Mademoiselle. Je voulais savoir si vous n’aviez pas vu un petit chien noir ? Mon frère me l’a laissé en garde parce qu’il ne pouvait pas l’emmener en vacances et il s’est échappé.

 

Abasourdi, Tom se rend compte de sa méprise. Ainsi le chien n’est pas un cadeau ! Il en est soulagé et se dit qu’il faut vite le rendre au voisin.

 

Tandis qu’il rentre dans sa chambre pour raconter à son frère ce qu’il vient d’apprendre, Monsieur Machin demande à Julie :

-        Vous ne trouvez pas qu’il y a une drôle d’odeur ici ? Vous n’auriez pas marché dans une crotte ?

 

Julie regarde sous ses tennis mais ne voit rien. Monsieur Machin en fait autant pour ses propres chaussures.

Julie ne peut pas voir la crotte

                                                invisible sous sa chaussure !

 

En haut, les deux enfants se demandent comment faire pour ramener le chien dans le jardin d’à côté.

 

Tom a une idée : il va se rendre invisible. Une fois qu’il sera chez Monsieur Machin, il rendra le chien visible et rentrera chez lui. Ne voyant aucune faille dans le plan qu’il a conçu, Tom braque le faisceau de la lampe sur lui et prononce la formule magique :

 

-        Tom, par le faisceau lumineux de la lampe, de la vue disparaisse !

 

Il se regarde ensuite dans la glace. Ça marche, il ne se voit plus mais, malheureusement, la torche noire semble en suspension dans sa main. Il vaudrait mieux qu’elle soit invisible, elle aussi car il va avoir besoin de l’emmener avec lui.

 

Comment faire pour que le faisceau de la torche éclaire la torche ?

Tom réfléchit une minute puis trouve la solution.

Il se replace devant la glace, et allume la lampe. Il prononce encore une fois la formule pour la torche et celle-ci disparaît.

Le miroir a réfléchi la lumière de la lampe et ainsi a éclairé la torche.

 

Sans faire de bruit, le garçon, descend les escaliers, le chien dans les bras. Dany le suit.

Arrivé devant la cuisine dans laquelle Julie s’affaire, le chien, attiré par les bonnes odeurs, se débat en gémissant pour que Tom le lâche.

Etonnée, Julie se retourne. D’où proviennent ces gémissements ?

A ce moment, elle voit Dany qui pousse des petits cris.

 

-        J’imite un chien ! dit-il.

-        Tu l’imites drôlement bien, le félicite-t-elle. J’ai cru que c’était un vrai.

-         

Tom donne une bourrade à son frère pour le remercier.

 

-        Je peux aller dehors ? demande Dany en ouvrant la porte.

-        Non ! Tu as vu le temps qu’il fait. En plus la nuit est tombée.

 

Tom a eu le temps de se faufiler dehors avant que Dany ne referme la porte. Il n’a pas pris son anorak, or il fait froid, très froid même. Tom frissonne mais il ne peut plus reculer d’autant que sa mère arrive. Il faut qu’il se dépêche.

 

Il entend Monsieur Machin appeler le chien dans la rue :

-        Roissy ! Roissy ! Viens ici !

 

« Drôle de nom pour un chien ! » pense-t-il.

Le chien voudrait répondre à l’appel de son nom, aussi gigote-t-il de plus belle dans les bras de Tom.

Le garçon sait qu’en montant sur la cabane qui se trouve au fond du jardin, il pourra sauter la palissade qui sépare son jardin de celui des Machin.

Il court pour faire au plus vite mais ce n’est pas facile en portant le chien et la lampe. Malgré tout, il parvient à escalader la cabane et à sauter de l’autre côté.

 

Enfin il y est, il ne lui reste plus qu’à rendre le chien visible, il murmure :

-        Roissy, par le faisceau lumineux de la lampe, de la vue apparaisse !

Et le chien réapparaît au grand soulagement de l’enfant qui espère pouvoir bientôt rentrer se mettre au chaud.

 

Cependant, le chien, tout heureux de se retrouver libre, veut encore jouer. Il court comme un fou, saute et vient prendre la torche invisible des mains de Tom, comme s’il s’agissait d’un bâton.

 

-        Non ! hurle Tom, en se mettant à le poursuivre.

 

Monsieur machin, qui ne sait plus où chercher le chien, a cru entendre un cri dans son jardin. Il regarde par-dessus la clôture et voit Roissy qui semble jouer tout seul.

 

Roissy pense que c’est un jeu. On a l’impression qu’il voit Tom malgré son invisibilité. Il est tout content de la poursuite qui s’est engagée. Il se laisse rejoindre et au dernier moment esquive lorsque le garçon essaie de l’attraper.

 

Mais pour Tom, ce n’est pas un jeu ! S’il a moins froid depuis qu’il court, il sait qu’il faut absolument récupérer la lampe magique sinon il restera invisible toute sa vie.

 

Monsieur Machin vient de récupérer Roissy. Il le traîne à l’intérieur de la maison en maugréant :

-        Vilain chien ! Si je dois te garder dix jours, tu as intérêt à te tenir à carreau !

 

Tom ne peut intervenir, il voit le chien partir, les crocs semblant serrés sur du vide. Monsieur Machin ne s’est pas aperçu que le chien avait la gueule ouverte. Tom voit la porte de la maison se refermer et entend Monsieur Machin crier :

-        Roissy, au panier !

-         

Que peut faire Tom maintenant ? Comment retrouver une lampe invisible ?

Le garçon tremble de tous ses membres autant d’inquiétude que de froid. Il faut qu’il rentre se mettre au chaud.

Il escalade la palissade dans l’autre sens, saute sur la cabane et court jusqu’à sa maison. Il va pour ouvrir la porte au moment où Julie sort. Tous les deux se rentrent dedans et Julie se met à crier comme une folle !

 

-        Ahhh ! Qu’est-ce que c’est que ça encore !

-        Que vous arrive-t-il ? demande Madame Zac.

-        Il m’arrive que quelqu’un m’a bousculée !

-         

Madame Zac ne peut s’empêcher de laisser échapper un petit rire. Elle se dit que Julie n’est décidément pas dans son état normal.

 

-        Si ça vous fait rire, bien sûr… dit Julie, vexée.

-        Mais non, affirme Madame Zac en se mordant l’intérieur de la joue pour ne pas rigoler. Je pense que vous êtes juste un peu fatiguée, voilà tout. Allez, bonnes vacances Julie.

-         

Puis elle ajoute :

-        Joyeux Noël !

-        Joyeux Noël, Madame Zac. Mais je vous assure qu’il y avait quelque chose sur mon chemin, comme la dernière fois, assure Julie qui craint de passer pour folle.

 

Madame Zac pense mais ne dit pas tout haut « et la marmotte met le chocolat dans le papier d’alu ! ». Décidément, Julie est plutôt étrange ces derniers temps.

 

Elle en rigole encore lorsqu’elle referme la porte. Puis elle hume l’air et dit :

-        Bizarre, l’odeur de crotte est partie en même temps que Julie. Je me demande si elle n’avait pas fait dans sa culotte !

 

Elle ne peut évidement pas savoir que Julie a marché un peu plus tôt dans une crotte invisible et que ce n’est pas de sa faute si elle n’a rien senti puisqu’elle a le nez bouché.

 

Au même moment, Tom éternue. Bien sûr, il a pris froid en allant dehors sans son anorak. Il est resté en bas en se plaquant contre le mur de l’entrée pour éviter que sa mère ne bute contre lui. Il aurait bien voulu monter dans sa chambre mais  les marches en bois grincent à chaque pas.

 

Valérie Zac fait un tour sur elle-même pour voir s’il y a quelqu’un. Ne voyant personne, elle se dit qu’elle a rêvé.

Tom sait qu’il va de nouveau éternuer alors il se bouche le nez et prend la décision de grimper l’escalier en essayant de ne pas faire de bruit. Mais c’est impossible !

 

Valérie entend l’escalier grincer à chaque marche comme si quelqu’un était en train de le monter mais elle ne voit personne dessus !

Elle respire à fond pour se donner du courage et décide de monter à son tour.

 

Tom a juste eut le temps de prévenir son frère qu’il allait s’enfermer dans les cabinets.

Madame Zac entre dans la chambre des garçons en disant :

-        Je suis rentrée du travail. Tous c’est bien passé pour vous ?

Elle est un peu inquiète parce quelle a maintenant, comme Julie, le sentiment qu’il se passe des choses bizarres dans la maison.

-        Où est Tom ? demande-t-elle à Dany.

-        Il est aux toilettes, répond le petit.

-        Vous ne regardez pas la télévision aujourd’hui ?

-        Non, on préfère lire.

Valérie ressort de la chambre et se dirige vers les toilettes. La porte est fermée à clef et elle entend Tom éternuer à l’intérieur.

« C’est sans doute lui que j’ai entendu tout à l’heure », pense-t-elle, soulagée.

 

 

 

Comment Monsieur et Madame Zac vont-ils réagir lorsqu’ils découvriront que leur fils est invisible ?

Est-ce que Tom Zac retrouvera la lampe magique qui lui rendra son apparence ?

Qui est le vieil homme qui lui a donné la torche ?

 

Pour connaître les réponses à ces questions, revenez sur le site pour lire les prochains épisodes de Tom Zac.

 

 

 

Définitions :

Appréhension : crainte, peur

Nauséabonde : écoeurante. Qui sent mauvais.

Picote : chatouille.

Méprise : erreur.

Réfléchi : dans le contexte, cela veut dire « renvoyé ». Le miroir a renvoyé la lumière.

Bourrade : coup de coude.

Se tenir à carreau : rester tranquille.

Gigoter : remuer vivement.

Soupçonneux : d’un air de doute. Julie pense que les garçons lui cachent quelque chose.

Abasourdi : stupéfait, étonné.

Faille : point faible. Tom est sûr que son plan va fonctionner.